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Julien-Felix Delauney ou Laun
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LAUN,
ou Julien-Félix DELAUNEY
Cet
auteur prolifique, de son vrai nom, Julien-Félix Delauney, est
né en 1848. Il s’est servi de ce pseudonyme pour écrire les
différents ouvrages sur les jeux qui furent édités. La raison
est peut être liée à son activité professionnelle assez éloignée
des plaisirs des jeux et qui demandait une certaine discrétion.
Il fut en effet inspecteur des études à l’école polytechnique,
Capitaine d’Artillerie de la Marine et finira
lieutenant-colonel.
Cet
érudit a écrit un nombre considérable d’ouvrages aux alentours
de 1883 à Cherbourg, comme le traité de la manille qui met en
lumière sa maîtrise de la langue française, la règle du jeu de
dominos, le domino et ses patiences, règle du jeu de crocket et lawn-tennis, petit traité du jeu de
whist (1884), règles des jeux de rams, poker et polignac, petit
traité du tric-trac et jacquet (1885), roulette et trente et
quarante, traité de l’écarté, la mascotte nouveau jeu de cartes
de salon, mais aussi des ouvrages sortant du domaine du jeu
comme le traité de cane, boxe et bâton, ainsi qu’un ouvrage
traitant du canotage, aviron, voile.
Le manuel du vélocipédiste vaut aussi le détour avec des
planches bien illustrées.
Sa connaissance de la géologie, la météorologie et l’astronomie
lui permit d’écrire trois autres ouvrages sur ces thèmes en 1888
et 1890, mais signés de son vrai nom. Un ouvrage en rapport avec
l’artillerie de marine (1884) ainsi qu’une notice sur une
personnalité qui fit une carrière militaire (1892) parachèvent
cette longue liste. Julien-Félix Delauney disparaîtra vers 1898.
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La
période 1880
Une
œuvre, un joueur.
Lorsqu’ils ne sont pas le résultat d’initiatives
individuelles, les ouvrages sur les jeux paraissent généralement dans le
cadre d’une « collection ». Pour exemple, les éditions Bornemann ont
créé ces dernières années une « collection de livres de jeux » qui se
décompose en plusieurs thèmes, comme «l’univers du jeu » dans lequel
fait partie « le livre du jeu de dames » de Philippe Jeanneret et
Thierry Depaulis.
Une multiple réédition récente des « règles du jeu de dames » de Henri
Chiland se trouve dans un thème nommé « règles du jeu ».
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Cette notion de
« collection » créée par les éditeurs existait déjà au XIXème siècle.
Ainsi, la « bibliothèque des jeux » vit le jour dans les années 1880 avec la
parution de petits fascicules qui traitent chacun d’un jeu précis. Il ne faut
donc pas les confondre avec les académies des jeux qui recensent dans un seul
ouvrage tous les jeux de tables qui existent avec souvent un court exposé sur
chacun d’eux. L’objectif de la bibliothèque des jeux était de toucher le grand
public au travers d’exposés sommaires et relativement courts. Le lecteur ne doit
donc pas s’attendre à des ouvrages à connotations originales comme nous en avons
découverts lors d’articles précédents.
Parmi
les écrits de la bibliothèque des jeux qui intéressent la communauté damiste, je
commence par le « petit traité du jeu de dames » de Laun. Ce petit livre de 32
pages, de format in 12(1), édité par Watilliaux, parut en
1884. Sa couverture, agrémentée d’une maxime de Boileau mérite que l’on s’y
attarde un peu.
(1)
C'est-à-dire moins de 20 cm de haut. Ce petit recueil mesure 17 cm sur 11 de
large.
Le jeu fut de tout temps
permis pour s’amuser
On ne peut pas toujours travailler, prier, lire
Il vaut mieux s’occuper à jouer qu’à médire
La lecture du
livre commence par la présentation d’un petit historique de deux pages sur le
jeu dont l’auteur évoque des origines égyptiennes et grecques.
Les
paragraphes suivants traitent de la description du damier et des règles du jeu.
Alors que nous sommes à la fin du XIXème siècle, l’ancienne notation
Manoury (2) est utilisée dans cet ouvrage. Vint ensuite le
« vocabulaire des mots et expressions usités au jeu de dames ».
Aux termes connus comme « lunette » ou « grande ligne » s’ajoute un curieux
« tant pour tant » et « coups de repos », ancien terme de notre actuel « temps
de repos » Un chapitre de conseils
aux joueurs met surtout l’accent sur les dangers du soufflage.
L’énumération de ces principes se termine en citant une page curieuse d’Edgar
Poë, tirée de son « histoire extraordinaire ». Il s’agit d’une courte
dissertation sur la comparaison du mode de réflexion adopté aux dames et aux
échecs.
La lecture se poursuit
ensuite par un « judicieux conseil de la maison des jeux » dont voici la
retranscription.
« Qu’il me soit permis
d’avertir les joueurs de mener tout doucement les dames ; si l’on use de
modération et de douceur envers des dames de bois, qui sont très insensibles,
l’on pourra par nature ou par habitude parler, traiter et se comporter
modestement avec les personnes et les dames vivantes, qui ne demandent qu’amour
et douceur dans leurs fréquentations. »
Nous arrivons enfin
à la dernière partie de cet ouvrage ; pas de diagramme, mais une présentation
notée de quelques combinaisons. Le fascicule se termine par une approche
sommaire de la partie « qui perd gagne ».
(2)
L’ancienne
notation Manoury est numérotée "1-50" (1 en bas à gauche avec les blancs et 50
en haut à droite avec les noirs) et ne servit quasiment qu’à l’essai de 1770,
mais ce « détail » n’a pas alarmé l’auteur.
Dans la collection de la
bibliothèque des jeux, d’autres petits ouvrages du même genre virent le jour
jusqu’en 1910 environ. Ces fascicules sont difficiles à dater car le catalogue
fourni en dernière page par l’éditeur ne mentionne jamais les dates. C’est le
cas des deux petits fascicules suivants.
Le « traité
du jeu de dames », qui ne comporte pas de nom d’auteur, comprend 32 pages, de
format in 12 et sa structure ressemble étrangement à celle du livre de Laun. Un
étrange avant-propos sur l’histoire du jeu plus axé sur la période française, où
l’auteur cite son apparition vers 1550, sous Henri II.
Le paragraphe suivant
traite des règles et de la marche du jeu. Une curiosité à découvrir est le
paragraphe consacré à l’avantage. Possibilité de rendre 1 ou plusieurs pions à
un adversaire moins fort ; possibilité de lui rendre la remise, c'est-à-dire
qu’en cas de match nul, le joueur qui bénéficie du rendu de remise gagne la
partie ; il est fait notion de demi-remise,
c'est-à-dire une remise applicable une partie sur deux. Le lecteur découvre
aussi des possibilités de jeu à demi-pion pour 2 joueurs de niveau différent
(une partie à 20 et la seconde à 19 pions).
Il est vrai que l’on
peut imaginer toutes sortes de combinaisons, mais ces pratiques (orales) étaient
couramment utilisées. De nos jours, il serait curieux de concevoir un livre
renfermant de tels concepts. Après un commentaire sur les termes techniques, la
tactique apparaît avec un seul diagramme (n°3) dont la solution assez simple
apparaît sous la forme chiffrée que nous connaissons, mais la solution
raisonnée est plutôt originale. Il s’agit de la notation Manoury (actuelle
dans cet ouvrage) transcrite sous forme de phrases, et qui ne comporte pas moins
de 40 lignes pour « expliquer » le déroulement gagnant. Mon but n’est pas de
vous retranscrire intégralement cette curiosité, mais l’extrait que je vous
présente ne concerne que les … deux premiers temps !
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1
2
3
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« les
blancs, pour ne pas laisser aux noirs le temps de se masser, commencent
l’attaque en donnant à prendre pour se préparer des temps et jouent le
pion de la case 24 à la case 20. Le pion noir 25 passe par-dessus le
pion blanc 20 et s’arrête sur la case 14, il a passé deux cases en
prenant un pion. Le pion blanc 39 va se mettre en prise à la case 34. Le
pion noir 30 passe par-dessus le pion blanc 34 et continue en prenant le
pion blanc 33 et s’arrête à la case 28, n’ayant plus rien à prendre ; il
est revenu à la rangée d’où il était parti en faisant un angle droit, et
en rétrogradant pour prendre le second pion blanc… »
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Un autre
fascicule de même acabit, le « traité des jeux de dames et de baccara »
fait également 32 pages, de format in 12, sans date ni auteur, possède
un contenu étrangement similaire concernant la partie jeu de dames.
Pas d’historique du jeu, mais l’ouvrage reprend le même texte concernant
la présentation et les règles, ainsi que les termes techniques, mais pas
de diagramme. 19 pages sont donc consacrées au jeu de dames, les 13
pages restantes traitent du baccara, jeu qui se joue avec 6 jeux de 52
cartes.
La partie « jeu de dames » est en fait une reprise partielle du traité
décrit précédemment et l’éditeur qui a publié ces deux ouvrages a
simplement réuni deux disciplines en un seul fascicule. |
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| Voici donc
un bref aperçu non exhaustif des petites réalisations qui parurent à la
fin du XIXème et au début du XXème siècle et qui
font malgré tout, partie de la littérature damique française. S’il est
incontestable que l’œuvre majeure de cette époque fut produite par
Balédent, la période 1880 recèle encore quelques petites perles... mais
ça, c’est une autre histoire… |
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Copyright Stéphane FAUCHER. |
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